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Association St Camille de Lellis
  • - - Bouaké Côte d'Ivoire et Avrankou, Porto Novo , Bohicon, Djougou (Bénin ) Côte d'Ivoire
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En Cote d'Ivoire, puis au Bénin, des malades mentaux retrouvent la dignité et la confiance grâce à un programme de réhabilitation prodigués dans les centres de la Saint Camille

  • Afrique : Bénin
  • Fiche d'expérience

Par Grégoire Ahongbonon le 15/11/2011

Comment plus de 15 000 personnes atteints de troubles mentaux ont pu être guéris ou stabilisés grâce aux centres de réhabilitation en Côte d'Ivoire et au Bénin, depuis 1994
 La rencontre d’un homme avec une réalité : la condition des malades mentaux
 
L’Association Saint-Camille-de-Lellis est une organisation caritative de services pour malades mentaux implantée en Côte d’Ivoire depuis 1991. Dix centres y sont ouverts. Depuis 2004, elle est également présente au Bénin avec aujourd’hui quatre centres. Son fondateur est Grégoire Ahongbonon. Alors qu’il revenait d’un pèlerinage en Israël avec cette question : « Quelle pierre vais-je poser ? », il a été saisi par les conditions de vie des personnes ayant une maladie mentale. Il raconte : « Lors d’une visite à l’hôpital, j’ai vu des gens malades mentaux, abandonnés, sans soins, certains dans leurs excréments. Je me suis dis que ma place était auprès d’eux, que j’avais à chercher Dieu dans les pauvres. » 
La personne malade mentale est souvent considérée en Afrique comme possédée du démon, ensorcelée. En ville le malade est errant, démuni. Personne ne veut s’approcher de peur d’être lui-même ensorcelé. Dans les villages, des familles confient aux guérisseurs le soin de le délivrer. Souvent il se retrouve enchaîné à un arbre ou les jambes dans un morceau de bois, pour ne plus nuire.  
 
Les premiers accueils
 
« En 1991, j’ai vu un malade qui fouillait les poubelles. A partir de ce moment, je me suis promené toutes les nuits pour rencontrer ces personnes. Mon épouse faisait la cuisine, nous avions acheté des congélateurs, et j’apportais, le soir, cette nourriture à chacun dans son coin. Ca a duré quelques temps. Mais un jour, au Centre Hospitalier Universitaire de Bouaké, on nous a laissé à disposition une chapelle vide. Elle s’est transformée rapidement en un premier lieu d’accueil. Nous avons commencé avec deux malades, puis trois, pour finir à trente. Ca ne s’arrêtait plus ! En 1993, la Direction est venue me voir pour me demander d’être présent lors de la visite du Ministre. Celui-ci a dit qu’il souhaitait que cette association soit répandue dans tout le pays. Il a donné ses instructions pour nous confier un espace de 2 500m². On a construit le premier centre le 14 juillet 1994. Tout le monde a commencé à faire appel à nous et on a découvert alors le traitement infligé aux malades mentaux dans les villages. Ils étaient bloqués dans le bois. »
Deux jeunes, du nom de Parfait et Ferdinand, l’aident pendant cette période-là. Mais, au fur et à mesure, ce sont les malades qui se prennent en charge. Ils se mettent à préparer eux-mêmes la nourriture. Leur état de santé s’améliore, pas seulement parce qu’ils reçoivent de la nourriture saine, mais surtout parce que des gens s’intéressent à eux. « Quand j’étais dans la rue, malade, je ne pensais plus que quelqu’un m’adresserait la parole. » dit un des jeunes accueilli dans cette chapelle. 
 
Le fonctionnement thérapeutique des centres de la Saint Camille
 
Ceux qui vont mieux aident les plus malades, c’est le principe de base. Le fait de leur confier des responsabilités redonne sens à la vie. « Vous avez beau nourrir quelqu’un, si vous ne le regardez pas comme quelqu’un de digne, vous ne lui faites pas du bien. » dit Grégoire. Ce que j’ai compris, c’est que lorsque la maladie frappe, la personne perd confiance en elle. Mais si elle trouve des gens qui lui disent : « Tu es encore capable, tu n’as rien perdu », alors tout devient possible.
Il faut bien-sûr nourrir les personnes. Il faut surtout donner confiance. Mais il y a une qualité essentielle, c’est l’approche. S’approcher d’une personne sans avoir peur, avec sincérité, avec amour, avec un regard juste, c’est cela qui donne de la confiance. Mais si la crainte est en vous, vous ne lui rendez pas service.
La question du traitement médical est centrale. Nous amenons la personne à l’accepter. Nous devons convaincre les malades qu’avoir un traitement au long cours n’est pas réservé aux seules personnes ayant un problème mental. Nous leur expliquons que c’est aussi le cas des diabétiques. Nous devons leur faire comprendre que le traitement est capital. L’excès de traitement est cependant aussi un enchaînement.
 
Dans la confiance, la première des choses est donc de lui confier des responsabilités. La majorité  d’entre eux sont des jeunes. Aussi nous essayons de les remettre aux études, avec des réussites certaines, comme celle de la directrice du centre qui vient d’être inauguré à Djougou. Elle est une ancienne malade.
 
Il y a plus d’activités organisées aujourd’hui qu’auparavant. Lorsque quelqu’un arrive, nous lui posons toujours la question : « Quelle était ton activité ? ». Mon désir est de lui permettre de continuer son métier : boulanger, tissage, coiffeur, etc. ou de poursuivre des études. Chacun doit trouver le goût de ce qu’il désire.
 
Des moyens plus que modestes
 
Il y a peu de personnel dans les centres. Au Bénin, le centre d’Avrankou est dirigé par un instituteur à la retraite. Mais mon désir est maintenant de confier ces tâches à d’anciens malades. Le centre de Bouaké est dirigé aujourd’hui par un ancien patient.
 
Les constructions sont financées par des dons. Une chaîne d’amitié qui brise les chaînes physiques se crée autour de la Saint Camille. Pour les charges, l’eau et l’électricité, nous nous battons pour qu’elles soient fournies par les autorités. L’Etat doit s’investir. Lorsqu’un parent arrive avec un malade, on demande 3 500 francs CFA. C’est un démarrage. Avec cette somme, nous pouvons couvrir le premier mois. Ensuite, nous devons trouver l’argent pour la nourriture car les malades ne paient pas. Ils travaillent dès qu’ils le peuvent et contribuent de cette manière au fonctionnement du centre.
 
Entre difficultés présentes et projets d’avenir, les enseignements
 
Bien-sûr, les difficultés que nous rencontrons sont grandes. Mais toute chose, pour advenir, doit passer par des épreuves. Les difficultés sont principalement matérielles. Trouver l’argent pour faire vivre tout le monde est une grande préoccupation. Cependant les besoins sont tels que nous ne pouvons pas refuser d’accueillir ceux qui en ont besoin.
 
Plus de 15 000 hommes et femmes sont passés dans les centres depuis 1993. Tous ou presque ont rejoint leur communauté, où ils sont actifs. Il faut souvent faire œuvre de pédagogie pour que les habitants acceptent leur réintégration dans la communauté. Mais notre travail commence à être assez connu  et la confiance s’est installée.
 
Aujourd’hui, beaucoup de gens nous contactent pour nous léguer des terrains. Un autre centre est prévu d’être bâti à Calavi. Mon souhait est que les autorités prennent le relais et s’occupent de la question des malades mentaux. Mais ce n’est pas simple : ils ont d’autres priorités. Pourtant, on ne peut construire un pays en laissant de côté une catégorie de personnes.
 
Il me vient d’autres demandes de pays comme le Togo, le Ghana, et même au Sénégal. Les malades mentaux vivent les mêmes situations dans tous les pays d’Afrique.

Liens vers les sites de soutien :
http://www.amis-st-camille.org/ 
http://www.fondazione-st-camille.org/
Langue d'origine : Français
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