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Education inclusive à l'école non ségréguée de l'AMPHM, Nouakchott, Mauritanie

  • Enfance : Éducation spécialisée
  • Afrique : Mauritanie
  • Fiche d'expérience

Par lemrabott le 06/08/2010

Le contexte

Mon implication, dans les organisations internationales spécialisées dans le handicap mental notamment Inclusion International et l’Association Internationale de Recherche Scientifique en faveur des Personnes Handicapées Mentales, m’a inspiré la mise en œuvre de l’éducation inclusive, ce paradigme de l’éducation. Il faut entendre par là une scolarisation de l’enfant handicapé parmi ses pairs non handicapés dans l’école du quartier. Or en Mauritanie, rien n’était initié dans ce sens avant 1996 ; en effet en Avril 1996 l’AMPHM - Association Mauritanienne pour la Promotion des Handicapés Mentaux - avait ouvert un Centre Médico-Educatif pour enfants handicapés mentaux afin de répondre à leurs besoins éducatifs spéciaux.
En lien avec l’AMALDEME (l’Association Malienne de Lutte contre la Déficience Mentale implantée à Bamako), l’APEE (Association de Parents d’Enfants Encéphalopathes) du Burkina Faso et l’Union Tunisienne d’Aide aux Insuffisants Mentaux "UTAIM/Section Jerba Midoun", mon implication dans l’AIRHM (Association Internationale de Recherche Scientifique en faveur des Personnes Handicapées Mentales), m’a poussé à faire évoluer notre système basé sur l’éducation spéciale. En 2002 j’ai décidé de faire la tentative d’intégration partielle de groupes restreints d’enfants handicapés. Cinq à dix élèves du centre médico éducatif ont rejoint l’école du quartier, de manière partielle à raison d’une matinée par jour. Il a fallu d’abord avoir pour cela l’aval, sur le principe, de la direction de l’enseignement fondamental du Ministère de l’Education Nationale, puis l’aval de l’école pressentie et de son directeur ; puis nous avons sensibilisé les maîtres à la spécificité de nos enfants et à leurs besoins éducatifs spéciaux. Il a fallu faire œuvre de pédagogie. Moi-même et deux maîtres de l’école spéciale avons accompagné dès la première semaine les enfants dans les trois classes identifiées pour l’intégration scolaire avec comme but de médiatiser la relation avec les autres enfants en faisant accepter à ces derniers la différence. Comme nos enfants faisaient beaucoup de dessin et de travail manuel, ils avaient dans ce domaine un peu d’avance. Leurs compétences et leur sympathie ont fait disparaître petit à petit aux yeux de leurs pairs non handicapés les aspects négatifs du handicap ; la différence étant donc acceptée comme un fait normal.
Aussi toute l’école d’accueil en a tiré de grands profits ; cependant cette velléité est demeurée stérile.

Finalités :
Mais cette expérience demandait beaucoup de temps et de sacrifices et elle se fait également au détriment du centre médico-éducatif. L’école ordinaire n’est pas préparée pour recevoir nos enfants ; les classes y sont pléthoriques : 80 à 90 enfants étudient ensemble avec un seul maître. Les maitres non pédagogiquement préparés à cette initiative étaient paralysés. Même s’ils acceptaient, ils le faisaient plus par devoir que par volonté. Il n’y avait pas de décision légale pour soutenir cette éducation inclusive.
Nous avons donc été contraints de remettre ce projet. De là est née l’idée de l’école non ségréguée. Le but reste la mixité des élèves, mais en plus petit nombre. L’idée a été de construire d’abord trois classes spacieuses et attrayantes par le décor avec du matériel pédagogique approprié puis d’initier trois maîtres au système d’éducation spéciale et intégrée ; nous avons ensuite introduit auprès d’administration compétente un dossier d’autorisation d’ouverture d’une école privée non ségréguée dont nous obtiendrons bien après l’agrément par arrêté conjoint n°R582 /MINT/MEN des Ministère de l’Education Nationale et de l’Intérieur en date du 25 Février 2008.
Les obstacles d’alors étant surmontés, nous avons fait un clin d’œil au public de l’école publique dite ordinaire dans l’application d’une éducation inclusive inversée, situation oblige.

Comment :
A la veille de la rentrée scolaire, nous avons sensibilisé les parents du quartier pour envoyer leurs enfants à l’école non ségréguée.
Raisons ? Les valeurs morales que leurs enfants pouvaient y apprendre,
le respect de la différence et bien d’autres vertus ont été des arguments probants. Nous avons dû lutter contre l’esprit grégaire de nombre de familles et les représentations encore vivaces dans la cité. Nous devions convaincre que le handicap n’était pas contagieux ; mais les méthodes actives que nous proposions de mettre en place ainsi que le nombre relativement restreint d’élèves 18 à 20 par classe, ont fini par emporter leur adhésion pour cette école privée inclusive, première et unique structure en son genre dans le pays.
La 2ème année, les parents des enfants valides ont réinscrit leurs enfants, encouragés en cela par l’exemple d’un élève handicapé mental qui, mis dans des conditions égales, s’est positionné 1er de sa classe. L’éducation paritaire a donc fonctionné. L’entraide s’est mise en place et a permis de rassurer tout le monde. Cent cinquante enfants de 3 à 13 ans, la fréquentent aujourd’hui, dont le tiers est en situation de handicap mental ; cependant quelques enfants mal voyants ou malentendants y sont acceptés en raison de leur affection d’handicap mental associé.


Les moyens
Les moyens financiers et matériels ont pu être réunis grâce à la coopération française, allemande, espagnole, néerlandaise ainsi que celle d’Arabie Saoudite. Le CCFD en premier lieu avec l’ONG Kinderpostzeigels et par l’intermédiaire de Caritas Mauritanie, Caritas Espagne et Caritas Allemagne y ont apporté d’importants investissements.
Les appuis substantiels des ONGs (l’Association Canarienne de Coopération et Solidarité Internationale "ACCSI" et Manos Unidas) ont également été conséquents et fort louables.
D’autres partenaires sont intervenus mais à d’autres niveaux soit en logistique soit comme source d’inspiration ou en conseils : C’est le cas, entre autres, de l’APEAI de Montpellier et l’UNAPEI Siège (France).
C’est l’AMPHM qui gère l’école dont l’équipe enseignante est composée de 8 enseignants recrutés et payés par notre association sur des fonds provenant de nos partenaires.
Le désengagement de ces derniers a amené le Ministère de l’Education Nationale à affecter en 2009 cinq enseignants pour palier au désengagement des partenaires en particulier le CCFD qui nous a accompagné dans nos premiers pas et nous a soutenu financièrement treize années durant de façon désintéressée; toute notre reconnaissance pour celui-ci.
Les enfants handicapés mentaux ne paient pas les frais d’écolage ; cependant les autres élèves valides la paient mais à un niveau moindre par rapport aux autres écoles privées de la place.
Des enfants de 14 et 15 ans ont maintenant rejoint l’enseignement ordinaire au collège ; c’est là une validation de fait pour cette initiative.

Evaluation
*Les objectifs d’intégration des enfants sont atteints :
?Quelques ainés ont pu rejoindre le collège où ils sont bien intégrés ;
?le regard des familles a changé sur leurs enfants ;
?Une association des parents d’élèves a vu le jour et a pu témoigner concrètement des avancées importantes à travers son école où l’enseignement y est reconnu comme bon par les bénéficiaires et les partenaires extérieurs impliqués.
? Les pouvoirs publics commencent à s’y impliquer concrètement par des appuis financiers encore ponctuels mais à y être de plus en plus sensibles quant à la pertinence de l’action.

*Il y a cependant certaines limites :

? L’école ne fait pas encore l’unanimité.
? Les réserves ne sont pas totalement levées.
? Nous n’avons pas le nombre d’enseignants suffisants et certains n’ont pas encore la formation souhaitée malgré leur encadrement pédagogique au niveau de l’Ecole Non Ségréguée et le fait qu’ils soient inspectés périodiquement par un inspecteur de l’éducation nationale.
? Le budget de l’école reste aléatoire et insuffisant.
? Tous les enfants qui fréquentent l’école spéciale n’intègrent pas impérativement tous l’école intégratrice ; ceux qui le font ont été préparés dans les autres groupes de spécialisation (éveil, initiation, orientation) ; par exemple les enfants qui ont montré des capacités pour la scolarisation passent à l’école intégratrice et ceux qui ont révélé des aptitudes d’apprentissages sont orientés vers le centre de formation et de préapprentissage professionnel.

*Espoir :
Malgré ces contraintes, nous avons bon espoir d’une implication plus grande de l’Etat mauritanien - à qui revient cette obligation - par la mise à disposition de maîtres en nombre suffisant et d’une formation de base d’enseignants en éducation spéciale et intégrée à travers des filières introduites dans les programmes des écoles nationales des Instituteurs.
Certes un appui financier aux associations vient d’être acquis ; en outre le droit international (cf. la Convention Internationale relative à la protection et à la promotion des personnes handicapées adoptée le 13 Décembre 2006 par l’AG des Nations Unies et entrée en vigueur en Mai 2008) vient secouer l’attention des responsables au plus haut niveau ; ces derniers semblent de plus en plus attacher du prix aux préoccupations des acteurs engagés dans la problématique du handicap et aux institutions qui mènent aujourd’hui des actions concrètes dans ce domaine. Ainsi sont-ils associés au nouveau plan national de l’éducation en cours d’élaboration.
Langue d'origine : Français
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