Aller au contenu. | Aller à la navigation

Accueil ATUA, Association Tujenge Umoja Afrika Témoignage de Mme Priscille Moke Matisho sur la souffrance psychique chez les femmes en RD COngo
Pour aller plus loin
ATUA, Association Tujenge Umoja Afrika
  • Commune MUKAZA, Zone ROHERO 1 ------ Bujumbura Burundi
  • (+257) 75 37 10 65 (+257) 75 34 51 98
  • ass.tujengeumojaafrika@nullgmail.com
  • Priscille Moke Matisho
  • ass.tujengeumojaafrika@nullgmail.com


Témoignage de Mme Priscille Moke Matisho sur la souffrance psychique chez les femmes en RD COngo

  • Santé : Santé mentale
  • Afrique : Congo démocratique - RDC
  • Témoignage

Par Priscille Moke Matisho le 12/06/2017

Nous voulons sensibiliser et contribuer à la réduction de cette souffrance psychique et surtout éviter la maladie chaque fois que cela est possible.
 
 
Les causes de souffrances psychiques graves que je rencontre sont de trois ordres en RD Congo, la guerre, l’abandon de la femme par le mari et la misère. Ce phénomène touche plus particulièrement les femmes. 
J’ai rencontré la souffrance psychique durant les guerres, celle 1994 et celle de 1998.   Quand il y a des hommes armés qui entrent dans la maison et tuent le père de famille, ceux qui restent basculent dans la souffrance qui peut évoluer vers la maladie mentale. J’ai vu un père se faire tuer avec son enfant dans les bras, devant la maman. Elle a pris son enfant mais est devenu folle de douleur. 
 
 Souvent les gens ne se rendent pas compte qu’ils souffrent de ce problème psychique. Ils ne savent plus quoi faire de bien et errent sans savoir où aller. Nous approchons ces gens et nous tentons d’encadrer ces femmes et ces hommes pour les aider à se rétablir dans la société. 
J’ai moi-même rencontré la souffrance psychique lorsque mon mari m’a laissée toute seule avec  six enfants. Puis il a vendu la maison familiale. Je ne suis pas seule dans le cas. Pendant cette période je ne faisais que pleurer. Je ne savais pas quoi faire ni où habiter avec mes enfants. J’ai eu la chance de rencontrer  un psychologue qui m’a aidé. Après un entretien, il m’a persuadé de ma souffrance psychique. Il m’a aidé à comprendre que je peux refaire ma vie. Cela passe par des simples phrases comme : » une porte se ferme, une autre s’ouvre immédiatement » ou  « il ne faut pas s’accrocher au passé ». Grâce à ces entretiens de psychothérapie, j’ai repris courage et j’ai pu récupérer la maison de mes enfants. 
Nous avons fait une association de la femme abandonnée dont le mari est vivant.  Car il y avait surtout des actions en direction des veuves. Ce phénomène est répandu ici. Lorsque les femmes sont analphabètes et peu entourées, elles ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants. Elles les abandonnent et ceux-ci deviennent des bandits dans la rue. Ils sont récupérés par des bandes et créent la terreur. 
Une autre cause de souffrance psychique est la misère. Si vous avez des enfants dans une famille mono parentale sans activité génératrice de revenu et si la mère ne peut leur donner à manger, à ce moment elle tombe dans la souffrance psychique. Si les enfants ne vont pas à l’école, c’est de même, car les enfants deviennent des illettrés. Des petits enfants vivent dans la misère pour trouver de quoi manger dans les rues.     
 
Il y a plusieurs publics fragiles qui souffrent psychiquement et qui peuvent tomber dans la maladie mentale. 
S’il y a un traumatisme fort qui intervient tel que des viols forcés, ou des meurtres, et que la personne reste seule avec ce traumatisme, alors la souffrance peut engendrer la maladie mentale. Notre association ATUA intervient pour que cette souffrance ne se transforme pas en maladie. Avec Atua nous avons réunis des gens pour qu’ils puissent se parler entre eux d’abord. 
 
Parfois nous allons voir les personnes chez elles. Nous n’avons pas de médicaments, mais nous procédons par groupes de paroles. C’est délicat, car souvent, les personnes sont dans le déni de la souffrance. Nous encourageons l’accès à la psychothérapie pour ne pas tomber dans la maladie. Notre premier objet est de promouvoir la santé mentale. Nul part cela est mentionné dans les politiques publiques. 
 
Nous voulons sensibiliser et contribuer à la réduction de cette souffrance et surtout éviter la maladie chaque fois que cela est possible. Cela doit se faire ménage par ménage. Près de 80 % ont un membre touché par la souffrance psychique. Un trop grand nombre tombent dans la maladie mentale. Or nous n’avons que peu d’hôpitaux pour soigner la maladie mentale. Nous travaillons avec eux. Mais il faut que les malades soient amenés. Ensuite il fait de l’argent pour y rester. Les médicaments disponibles sont surtout des somnifères et ne permettent pas retrouver pas la santé. Ce qui est vraiment nécessaire, c’est de récupérer les gens avant qu’ils fassent la maladie mentale. 
   
Témoignage de Mme Priscille Moke Matisho
Langue d'origine : Français
Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les url et les courriels sont transformés en liens cliquables. Les commentaires sont modérés.

Question: 15 - 5 = ?
Votre réponse: