Aller au contenu. | Aller à la navigation

Accueil Les Colombes Notre Dame de la Paix L’intégration de classes spécialisées dans un groupe scolaire privé, allant de la maternelle au collège, Abidjan, Côte d'Ivoire
Pour aller plus loin
Les Colombes Notre Dame de la Paix
  • Le plateau BP 401 ----- Abidjan Côte d'Ivoire
  • +225 07521616
  • chcndp@nullyahoo.fr
  • Soeur Leonie et Eloge Assale
  • chcndp@nullyahoo.fr


L’intégration de classes spécialisées dans un groupe scolaire privé, allant de la maternelle au collège, Abidjan, Côte d'Ivoire

  • Enfance : Éducation spécialisée
  • Afrique : Côte d'Ivoire
  • Fiche d'expérience

Par Soeur Leonie et Eloge Assale le 06/06/2014

Notre centre est au cœur d’un institut avec un complexe scolaire où il y a des lieux de mixité. Les enfants se frottent à la récréation. Si les enfants de l’école primaire commencent à entrer en contact avec les enfants handicapés psychiques quand ils seront adultes ils seront moins réticents au contact des enfants handicapés.

La naissance des Colombes

Ce projet a été mis sur pied dès l’année 1999. Après mes 4 années d’étude de psychomotricité à la Salpêtrière, j’ai exercé dans 3 centres que sont La Page Blanche, le Centre de Guidance Infantile et le Centre d’Eveil et de Stimulation des Enfants Handicapés (CESEH) du BICE. Après mon départ de ces trois centres et sur insistance des enfants et de certains parents d’élèves, la Supérieure Générale d’alors de notre congrégation nous a demandé d’ouvrir un petit centre que nous avons dénommé les Colombes de Notre-Dame de la Paix. Car je fais partie d’une famille de religieuses qui porte le nom « Notre-Dame de la Paix ». Aujourd’hui Eloge Martial m’a rejointe pour la direction adjointe du centre. Le centre se situe au Plateau, en plein centre-ville d’Abidjan, au sein d’un complexe scolaire qui comporte une école maternelle, une école primaire, un collège et un institut supérieur de formation professionnelle. Nous accueillons actuellement 35 enfants dont l’âge varie de 5 à 46 ans. Nous en avons  eu plus, mais avec la situation du pays le nombre a considérablement diminué. Nous avons des enfants trisomiques, des autistes en minorité car nous n’avons pas vraiment l’équipement pour les accueillir et des enfants infirmes moteurs cérébraux. Initialement le centre était uniquement pour les adolescents mais il y a des parents de ‘confiance’ qui souhaitaient que leurs enfants commencent avec nous. Désormais nous accueillons donc les enfants à l’âge précoce.

Nos objectifs

Nous portons un souci, c’est qu’en Afrique l’enfant handicapé est un enfant qui est mal accepté. Nous travaillons avec les parents et nous cherchons à ce que les enfants soient le plus possible socialisés. Nous voulons corriger le regard de la société sur ce genre d’enfants. Par exemple l’enfant IMC – infirme moteur cérébral- chez nous est appelé « enfant serpent ». Et ici on a peur du serpent. Cet enfant n’est pas une personne normale. Dans le temps on demandait aux parents d’accompagner cet enfant c’est-à-dire le rejeter ou le tuer parce qu’il n’a pas les normes d’une personne normale. Nous voulons montrer à la société que ces enfants sont simplement différents. Ce sont des personnes à part entière. Ils ont un physique peut être différent du nôtre mais ils sont éducables. Et le moyen qui a été trouvé c’est de les mettre au cœur même de la société, de les intégrer, de les amener à communiquer, à se frotter à d’autres personnes pour que ces personnes-là puissent avoir un nouveau regard.

Jusqu’en 2013 nous étions installés dans l’enceinte de la Maison Générale de la Congrégation à Cocody, à une certaine distance de l’Ecole Primaire. Nous bénéficiions d’un grand espace. Mais nous avons été déplacés justement pour coller  à l’objectif qu’on souhaitait atteindre avec la socialisation. Alors cette année nous sommes au cœur d’un institut avec un complexe scolaire où il y a des lieux de mixité. Les enfants se frottent à la récréation. Nous participons à des fêtes ensemble parce que nous savons que les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Si les enfants de l’école primaire commencent à entrer en contact avec les enfants handicapés psychiques quand ils seront adultes ils auront un autre regard et ainsi de suite. Le regard sera moins brutal, les adultes seront moins réticents au contact des enfants handicapés.

La vie des Colombes au sein du groupe scolaire

Avant de nous installer ici, nous nous sommes demandés si les parents allaient nous accepter et si cela n’allait pas être une source de problèmes. Finalement on s’est rassuré nous-mêmes, on a dit : « on se lance et on verra ». Quand nous leur en avons parlé, effectivement il y avait des parents d’élèves du groupe scolaire qui étaient réticents mais quand la directrice de l’école primaire a rencontré le bureau des parents d’élèves, elle leur a dit : « cette année nous allons avoir une école autre que ce que nous avons l’habitude d’avoir sur place ici, nous sommes en train de faire ‘une expérimentation’ ». Pour certains parents c’étaient déjà une joie de savoir que des enfants différents de leurs enfants allaient venir. Du coup nos craintes se sont un peu effacées. Certains de nos parents qui avaient des craintes sont aujourd’hui contents de voir que leurs enfants ne sont pas rejetés. C’est vrai qu’au début les enfants de l’école primaire observaient nos enfants, allant jusqu’à les regarder dans leurs classes. Aujourd’hui ils vont vers nos enfants, les saluent et sympathisent avec eux. Ils ont même fait la fête de Noël ensemble, ils ont dansé ensemble. Enfin nous sommes contents.

Nos moyens

Nous avons des éducateurs spécialisés, des éducatrices préscolaires, des éducatrices adjointes, deux aides maternelles pour tout ce qui est toilette et aide pour la nourriture. Nous avons un technicien de surface. Nous avons également deux maîtres artisans qui sont là en permanence et font du batik et de la poterie. Nous avons un professeur de sport formé au sport adapté.

Nous essayons d’apprendre à nos enfants  tout ce qui, au quotidien, est normal pour les autres. Pour eux c’est un peu compliqué au début, mais on essaie de les habituer. Les enfants font des sorties à la plage. Nous faisons trois sorties dans l’année : la plage, le zoo, nous allons également dans un centre entretenu par des sœurs où nous pouvons passer la journée car il y a de l’espace pour courir. Nous faisons aussi des pique-niques. Nous visitons aussi l’aéroport et sommes même montés dans un avion.

L’évaluation après les premiers mois

Aujourd’hui nous pouvons dire sincèrement que nous sommes contents. Quand je suis allé récemment distribuer des vêtements de sport, j’ai vu que les enfants de l’école primaire sont venus spontanément. Je me dis que ça commence à prendre. Pour moi je fais donc déjà un bilan positif. Au sein du collège une petite association s’est formée par la volonté de fillettes de sixième qui ont eu cette initiative. Cela a commencé quand une de nos petites colombes a essayé de jouer avec une autre élève du primaire, laquelle a refusé. La jeune élève de 6ème a observé la scène et elle a été touchée. Elle a dit : « c’est une personne comme nous, pourquoi refuses-tu de jouer avec elle ? ». Quand elle est revenue au collège elle a formé un petit noyau, et créé l’Association des Amies des Enfants en Difficulté. En décembre, elles ont organisé un Arbre de Noël en l’honneur des enfants de la Colombe qui ont reçu à cette occasion beaucoup de cadeaux.

Nous avons maintenant comme projet de sensibiliser les élèves de l’école primaire et du collège, afin que l’acceptation de nos enfants soit une réalité.

Les difficultés principales que nous avons eu à surmonter se résument aux craintes de toutes part, qu’elles soient des éducateurs, des parents d’élèves du Plateau, des parents de nos enfants, et même de la Supérieure Générale qui ne savait pas comment on allait être accueillis, avec nos colombes. Il y a eu quelques semaines de crainte. Des enfants ont dit à leurs parents qu’il y avait des « petits fous » dans leur école. La sœur directrice de l’école primaire a reçu les parents qui se plaignaient et leur a expliqué le bien-fondé de la présence des colombes au Plateau. Elle leur a demandé s’ils se trouvaient à sa place qu’est-ce qu’ils feraient.  Ce sont ces mêmes parents qui aujourd’hui se demandent pourquoi ils ont été tenus à l’écart jusqu’à ce jour. Ils s’interrogent sur le fait d’avoir des bâtiments séparés.  Nous ouvrons donc progressivement la porte pour que se fasse la mixité. D’octobre à février, nous avons fait « un beau petit parcours ».

Nous attendons aujourd’hui que le gouvernement s’implique davantage. Ici en Afrique, quand vous avez un enfant porteur d’un handicap, « c’est pour vous ». Vous devez assumer seul toutes les charges. Il n’y a pas d’aide, pas d’allègements de certains frais, ni médicaux, ni  de scolarisation. Pas de prise en charge, pas de bourses, rien. Ce que l’Etat fait c’est qu’il nous affecte du personnel éducatif spécialisé formé . Mais on attend de l’Etat qu’il s’implique un peu plus, qu’il vienne sur place constater les besoins, qu’il nous aide dans la sensibilisation et dans l’équipement de nos structures. On pense que si le gouvernement fait une campagne, du tapage et dit que la personne handicapée est une personne à part entière, qu’on n’a pas besoin de l’isoler, alors beaucoup de choses évolueront.

L’Africain n’écrit pas, c’est de bouche à oreille. Si l’inclusion réussit à un endroit, alors cela se sait et incite les autres parents à mettre leurs enfants dans cette école.  Trop d’enfants voient à peine la lumière du jour et sont, en Côte d’Ivoire, de petits prisonniers dans leurs propres familles et maisons.

 

 

Langue d'origine : Français
Isabelle YAMEOGO
13/01/2015 13:00
courrage l'expérience va faire tache d'huile. Surtout vous montrez le chemin à l'Etat pour que les pouvoirs publics s'impliquent dans la prise en charges des personnes avec un handicap mental de nos pays en AAfrique
association des amis des enfants en difficultés
11/09/2015 16:24
Nous prêtes a vous apporter tout le soutien nécésaire. Merci pour votre confiance
Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les url et les courriels sont transformés en liens cliquables. Les commentaires sont modérés.

Question: 5 + 5 = ?
Votre réponse: