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Accompagnement d'un couple dans son désir de vivre ensemble, Résidence les Cèdres, Vitry-sur-Seine, France

  • Vie sociale et quotidienne : Vie personnelle et affective
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par wenk le 06/08/2010

La vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap est un thème complexe, d'autant plus qu'elles n'ont souvent pas de lieux pour vivre leur intimité.

Contexte


La structure propose deux types d'accueil : un foyer d'hébergement pour 32 personnes et un foyer-appartements constitué de 9 appartements et de 20 personnes.

·         Le foyer d’hébergement accueille des personnes en situation de handicap, âgées de 18 ans à la retraite. Elles sont orientées par la MDPH et ont une double orientation hébergement et ESAT.

Toute personne qui veut aller en foyer-appartements doit auparavant avoir vécu en foyer d'hébergement. C'est le lieu de préparation en amont des personnes accueillies; une préparation qui permet de connaître le résident et de le voir évoluer au sein d'une collectivité.

·        
Le foyer-appartements a la particularité d’accueillir des résidents aptes à vivre en petites unités de vie de 2 ou 3, dans un processus d’accession à une autonomie de vie en milieu ordinaire. Cet environnement adapté et sécurisant, mis en œuvre par l'équipe pluridisciplinaire, encourage le résident à développer ses acquis et à aller plus loin dans ses possibilités.

L'intention du projet institutionnel du foyer-appartements est l'inscription dans un processus évolutif et ouvert sur le monde en s’adaptant aux besoins des personnes accueillies.
A l'accompagnement éducatif dans la vie quotidienne, s'associe le suivi des projets individuels définis pour chaque résident à son entrée à l'appartement.


La vie de couple


La vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap est un thème complexe, d'autant plus qu'elles n’ont souvent pas de lieux pour vivre leur intimité. Dans le principe, la sexualité peut être envisagée, mais pas toujours dans la pratique.

Au foyer, il y a des couples connus et reconnus, tant par l’équipe encadrante que par les autres résidents. Chaque résident a sa chambre et doit la regagner dès 22H30. La chambre, pour certains, est leur « chez-soi », leur espace propre et intime. Par contre, ils doivent tenir compte des fonctions des espaces collectifs et des codes communs qui déterminent les usages et la nature des rapports qui vont s’y instaurer.

Par exemple, il a fallu discuter avec certains résidents qui s’embrassaient dans les lieux collectifs. Cette attitude, si elle est somme toute naturelle, ne respectait pas l’espace collectif et les autres personnes accueillies s’en trouvaient dérangées. Nous avons donc pris le temps de leur expliquer qu’ils avaient la possibilité d'exprimer leurs sentiments dans leur chambre ou à l’extérieur du foyer.

Mise en œuvre du Projet


Claude et Stéphanie ont vécu une relation amoureuse pendant un an au foyer avant de pouvoir concrétiser leur désir de vivre ensemble en appartements. L'accompagnement éducatif a considéré plusieurs dimensions : prévention et sensibilisation, écoute et entretiens éducatifs, rappels des règles de la vie en collectivité, mise en place du projet.


Très rapidement nous avons été confrontés à des difficultés liées à la double contrainte vie en collectivité et vie privée. Comme pour beaucoup d'autres couples au foyer, nous nous sommes heurtés au fait que les résidents veulent brûler les étapes. Etre en couple signifie être adulte, c'est à dire avoir un logement, un travail et une vie affective indépendante. Leur projet part de ces représentations avec, en fond de toile, l'accès à une norme en s'affranchissant des contraintes de la collectivité et de la vie en institution. Leurs demandes respectives de quitter le foyer devenaient récurrentes mais pas toujours en adéquation avec certaines réalités comme celles liées au problème du logement, des finances ou des aptitudes à vivre seuls. Quand le couple a voulu remplir un dossier de demande de logement à la mairie, les référents respectifs les ont accompagnés dans cette démarche. Cela a déclenché des discussions et des questionnements en réunion d'équipe autour de leur demande.


- Comment ne pas se positionner en éducateur tout puissant et détenteur de la vérité ?


- Comment ne pas les mettre en échec ?


- Comment respecter leurs désirs en poursuivant notre mission d'accompagnement et de protection ?


Tout ceci a permis de mettre en œuvre des axes d'accompagnement à commencer par leur parler de nos craintes et de leur rappeler que tout projet prend du temps.


II a fallu « tester » leurs aptitudes à vivre seuls et apaiser le comportement immature et instable de Stéphanie. Nous avons donc travaillé son projet en abordant avec elle ces points et mis en place, avec son accord, un suivi psychologique au CMP. Ensuite, elle a effectué des stages en studio d'autonomie pour évaluer ses compétences et développer l'apprentissage à vivre en appartement à travers la cuisine, les courses, l'organisation et la tenue d'un appartement. Tout ce travail en amont a permis d'élaborer son projet par la confiance et la confrontation à la réalité.


Claude vivait déjà au foyer appartements avec un autre résident et nous avions donc pu apprécier ses capacités.


Le colocataire de Claude a quitté l'appartement pour suivre d'autres projets. Ceci nous a immédiatement questionnés et nous nous sommes demandés si ce n'était pas l'occasion de mettre en œuvre leur projet.


Nous avons contacté leurs tuteurs respectifs et évalué le projet de façon plus concrète :


- Comment allaient réagir les autres résidents désireux de vivre en couple en appartement ?


- Comment envisager un retour en cas d'échec ?


- Comment les accompagner par des passages réguliers mais en respectant leur vie privée ?



Finalité


Après l'aval de l'équipe pluridisciplinaire, Claude et Stéphanie ont été reçus par la direction, en présence de leurs référents. Il leur a été rappelé notre mission de les accompagner à évoluer, à grandir et à acquérir une plus grande autonomie. Vivre en foyer-appartements pouvait être un tremplin à une vie autonome comme un essai de vie à deux en leur rappelant la complexité de celle-ci.


Nous avons d'emblée mis en place des règles. Tout d'abord en établissant un contrat d'accompagnement dans lequel ils s'engageaient à accepter le passage des éducateurs dans l'appartement dont ils ne sont pas locataires mais prestataires. Cela n'était ni un acquis ni un privilège mais une preuve de notre confiance face à leurs efforts et à leur persévérance.


Après un réaménagement de l'appartement et l'achat par le foyer du mobilier de leur chambre, ils ont pu emménager en juin 2008. La notion de référence a pris un nouveau sens en mettant en place un référent par appartement et un par résident. Cette co-référence mixte devait permettre à Claude et Stéphanie un équilibre et des conversations différentes suivant l'interlocuteur.


Le couple est resté un an dans l'appartement avec un accompagnement éducatif adéquat où le résident est partenaire de son projet de vie. La difficulté pour l'équipe était de ne pas rentrer dans les conflits de couple et de poursuivre les missions éducatives.



Evaluation


Chacun a gagné en maturité et en acquisitions vers davantage d'autonomie. Cependant cela n'a pas empêché que la réalité des aléas de la vie de couple les a rattrapés. En effet, après un an de vie commune, le couple s'est séparé et ce, de façon catégorique et sans possibilité de compromis.

 

Claude et Stéphanie se sont alors rendus compte combien il a été important à ce moment là, de pouvoir en parler aux éducateurs et de pouvoir demander un retour au foyer en urgence. Stéphanie est revenue quelques semaines pour ensuite retourner dans l'appartement avec une colocataire, alors que Claude est revenu au foyer.


Le projet de chacun à ce jour est différent. Stéphanie a encore besoin d'un cadre sécurisant garanti par la vie en institution. Claude, de son côté envisage le foyer comme une étape pour vivre seul en appartement en totale indépendance.


Chacun a tiré des bénéfices de cette expérience. Du côté des résidents, cela leur a permis une confrontation avec le réel, d'en sortir grandis et de mieux se connaître.


Pour l'équipe, le bilan n'est pas négatif, au contraire, et l'accompagnement pourrait à nouveau être envisagé dans le futur.

 


 

Langue d'origine : Français
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