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La classe d'accueil, une mixité entre«accueillants» et«accueillis» bénéfique pour chacun et chacune , France

  • Résidentiel : Vie collective
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Claudine Blancou le 06/08/2010

Une expérience enthousiasmante d'intégration en milieu scolaire ordinaire d'enfants présentant des troubles envahissants du développement.

Une expérience enthousiasmante d’intégration en milieu scolaire ordinaire d’enfants présentant des troubles envahissants du développement.

Le contexte

L’école du Mas des Gardies est située dans une zone pavillonnaire dont la population est « classique ». Ici la mixité sociale est présente mais non pesante. Lorsque j’y travaillais (je suis actuellement à la retraite), l’école du Mas des Gardies comprenait 5 classes. Le personnel était de 5 enseignants, 5 A.T.S.E.M , une aide de vie scolaire pour les enfants « accueillis ».

La classe d’accueil comptait en tout 24 élèves dont 4 présentaient des troubles envahissants du développement. La proportion est bonne. L’équilibre entre ces deux populations : enfants « accueillants », enfants « accueillis » est important.

Pour la plupart, les enfants «accueillis » présentaient des troubles envahissants du développement. Nous avons aussi accueilli, en son temps, une fillette en fauteuil roulant ainsi qu’un enfant trisomique.


Finalité de l’expérience vécue

Par notre prise de position nous avons simplement affirmé le droit pour tous les enfants à vivre une vie ancrée le plus possible dans la vie de la cité. Nous avons aussi cherché à répondre au souci des parents de voir leurs enfants évoluer dans un contexte qui ne tend pas à les marginaliser mais au contraire à les intégrer. Au lieu d’essayer de gommer les différences, nous avons voulu en tirer une dynamique pour tous les acteurs de l’école. Je dis bien : « tous les acteurs », c'est-à-dire les enseignants eux-mêmes, les enfants bien sûr, mais aussi les parents.

Je ne peux évaluer l’attente des enfants « accueillis », mais je sais qu’ils ont trouvé là un épanouissement et qu’ils ont acquis des connaissances importantes. Les familles recherchaient, sans trop y croire, un lieu où le potentiel de leurs enfants serait reconnu et valorisé. Ils souhaitaient pour eux une vie la plus proche possible de la normale.

En plus de suivre une scolarité classique, les enfants « accueillants » ont vécu une expérience qui leur permettra d’appréhender positivement le handicap quel qu’il soit, de trouver dans les échanges futurs une dimension de mixité possible entre valides et non valides.
Passées les premières questions bien légitimes :


« Est-ce que mon enfant aura le niveau requis en fin de cycle ? Est-ce qu’il ne va pas prendre de mauvaises habitudes au contact de ces enfants ? » les familles ont été des moteurs importants de cette classe.

Je tiens à joindre quelques témoignages de parents d’enfants « accueillants » :

« Il est très sain que dès leur plus jeune âge les enfants apprennent à vivre avec des enfants différents. »

« Aller à l’école avec des enfants autistes a permis à mon fils d’apprendre la différence, la tolérance, le respect et l’entraide. » « Merci pour nous les parents, de nous obliger à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. »

« Nos enfants ont appris, là où nous les parents nous avions appris ; mais aujourd’hui avouons que nous avions encore à apprendre. Cette année a été riche, nous en sortons tous gagnants, plus forts car ensembles. »

« Tous égaux, apprendre la différence, définir la tolérance comme une priorité, telle est la devise de cette classe « vivre ensemble ».

 
Mon attente d’un univers de solidarité sans mièvrerie a été pleinement satisfaite.

Dans son ensemble, l’équipe a tiré profit de cette expérience. J’en veux pour preuve le témoignage de cette jeune enseignante :

« Bien sûr c’est une belle idée, mais au-delà de ça, il y a ce qui se passe réellement, beaucoup de patience, d’ouverture, de générosité, d’affection, d’émotions au quotidien. C’est un travail formidable qui donne des résultats spectaculaires sur les enfants « accueillants », les enfants « accueillis » et sur l’ensemble des petits et des grands de l’école. Un grand bravo à Claudine Christiane et Blandine, aux enfants de la classe et à ce projet qui mérite largement le combat que mènent les enseignantes pour qu’il vive le mieux possible et le plus longtemps possible. Merci aussi pour ce que cela m’a permis de voir, de découvrir, de partager. »


Les craintes étaient nombreuses :

De notre côté, nous nous demandions au début comment les « autres » parents et leurs enfants accueilleraient le projet.

Du côté des soignants : « Ne serions-nous pas en train de leurrer les parents d’enfants « accueillis » en leur faisant miroiter des objectifs improbables ? »

Du côté de l’administration : « Dans quel cadre situer cette « classe d’accueil » non reconnue dans les textes ? »

A l’occasion de mon départ à la retraite, l’administration s’est appuyée là-dessus pour prononcer « le gel » de la classe, autrement dit sa fermeture non avouée mais effective.


Le déroulement de la classe


Toute l’école a été concernée par ma classe. Le projet global de l’école avait pour titre : «Vivre ensemble, une éducation à la citoyenneté.»

Nous n’avons pas sélectionné les enfants « accueillants ». Par contre, dès la fin de la première année, parmi les « autres » parents, beaucoup ont sollicité l’inscription de leurs enfants dans cette classe à profil particulier, pour – nous ont-ils dit – que leurs enfants puissent découvrir l’ouverture à l’accueil. Les parents d’enfants « accueillis » sollicitaient une inscription dans notre école sur proposition de l’hôpital de jour de Nîmes ou sur proposition de la secrétaire de circonscription dont nous dépendons.


La journée se déroulait selon l’emploi du temps en vigueur dans toutes les classes de grands de maternelle. Une particularité cependant : Pour une demi-journée par semaine les enfants accueillis retrouvaient leurs centres de soins respectifs. Nous en profitions pour avoir un moment d’échange entre les enfants « accueillants » et les adultes de la classe. Nous évoquions les progrès constatés, les difficultés relationnelles ou toute question concernant les enfants « accueillis ». Chacun pouvait alors s’exprimer. Mais il était hors de question de « rapporter ». Des solutions étaient recherchées et souvent trouvées. Pendant ces moments privilégiés, les enfants « accueillants » exprimaient leur enthousiasme de voir leurs copains « accueillis » réussir ce qui, pour eux, relevait de la performance.

Les enfants « accueillis » avaient des horaires adaptés à leurs diverses prises en charge en hôpital de jour ou dans différents centres. L’adaptation de ces horaires a toujours été progressive, les enfants venaient d’abord quelques demi-journées par semaine. Le temps de présence était augmenté en fonction de la réactivité des « accueillants » et des « accueillis ». Le but a toujours été d’amener les horaires des enfants « accueillis » le plus près possible de ceux des autres enfants du même âge.


Les enfants « accueillis » pratiquaient les mêmes activités que leurs camarades « accueillants ». Nous prenions garde toutefois que l’activité ne devienne pas trop anxiogène pour eux.


Le langage


Pour certains enfants les difficultés de langage étaient majeures. Mais elles n’ont jamais entravé la communication avec leurs camarades « accueillants ».


L’écriture


Il est souvent difficile pour les enfants autistes de laisser une trace sur le papier aussi, faut-il absolument dédramatiser cette activité. Parfois, sécuriser est nécessaire. Ainsi, j’ai pu permettre à un enfant autiste d’écrire en posant simplement ma main sur la sienne. Au fil des jours, ma main s’est faite de plus en plus légère. Et, jusqu’à ce qu’une pleine autonomie soit acquise, un seul doigt posé sur la main de l’enfant a suffi à le rassurer pour écrire.


Les mathématiques

Pour cette matière, j’ai souvent constaté que, si une notion simple semble difficile à aborder, il ne faut pas hésiter à aller plus loin car, chemin faisant, la notion s’installe. Cette fois, l’acquisition se fait en allant du plus compliqué vers le plus simple !

 


La connaissance du monde


Les enfants présentant des troubles envahissants du développement profitent pleinement des sorties avec leurs camarades « accueillants ». En effet, nous avons toujours expérimenté des sorties sereines au cours desquelles le terme « accueillants » prenait tout son sens.




Regardez au fond l’enfant tenu fermement par deux « accueillants »


L’éducation artistique

 
J’en suis convaincue : c’est dans le domaine de l’éducation artistique que nous donnons aux enfants en grandes difficultés l’occasion de s’exprimer pleinement. Les codes y sont moins rigides, les exigences moins évidentes donc moins anxiogènes.

Concernant la danse, par exemple, les enfants « accueillis » ont participé pleinement aux divers moments, y compris pour des représentations de fêtes de fin d’année qui se déroulent dans un contexte de bruit et d’agitation.




Rien ne distingue les « accueillants » des « accueillis » !



Concernant l’éveil pictural, là encore, nous avons souvent constaté à quel point les « accueillis » se montraient concernés et interpellés par les œuvres présentées dans les différents musées de la ville.




Là non plus rien ne distingue les accueillants des accueillis !



De plus, le fait de s’exprimer hors contexte scolaire leur enlève toute inhibition.




L’éducation physique



Nous avions la chance de pouvoir pratiquer diverses activités sportives. Ici pour le vélo et le patin à roulettes, les consignes sont bien suivies, une nécessité toutefois : beaucoup de fermeté.

Les moyens utilisés


Dans la classe nous étions trois adultes : l’enseignante, l’A.T.S.E.M., une aide à la vie scolaire. Celle-ci étant là uniquement pour soutenir et aider un « accueilli » en grande difficulté comportementale.

Avant d’entamer le dernier tiers de ma carrière, j’ai pris deux ans de « congé » pour passer une licence en psychologie, mais surtout pour travailler « sur le terrain », en tant qu’instit, en pédopsychiatrie dans un hôpital de jour. J’ai aussi suivi différents week-ends sur des sujets tels que la communication par l’image ou l’emploi de méthodes particulières comme que le Makaton.

Evidemment, j’ai beaucoup lu.


Je n’ai ni reçu ni demandé de financement particulier. Ceci dit, je suis convaincue que, sans être essentiel, un financement serait très utile dans les cas particuliers d’atteintes motrices ou de grandes difficultés de graphie.

Pour des pathologies spécifiques, motrices ou auditives par exemple, les besoins seraient à préciser: aménagement de bureaux d’une hauteur particulière, amplificateurs pour la voix ou autre.


Evaluation


Il serait présomptueux de dire que j’ai atteint les objectifs, par contre je peux affirmer que l’expérience a été enrichissante à plus d’un titre. Nous avons eu la satisfaction de voir les enfants « accueillis » s’épanouir au plan social, scolaire et psychique. Ci-joint quelques réflexions de parents d’enfants « accueillis ».


- « J’ai eu une chance énorme de trouver cette école pour mon petit garçon qui souffre de troubles du comportement…Je pense que pour lui c’est une chance fantastique et que pour les enfants « accueillants » c’est une expérience extraordinaire et enrichissante. »

- « Dès la première semaine dans la classe « d’accueil », mon fils a pu se sentir pleinement reconnu et accepté dans une école où une réelle volonté de l’intégrer et de le soutenir (et ce de la part de tout le personnel) lui a permis d’accéder au graphisme et à un rythme d’activités scolaires diversifiées. Il a pris conscience de la vie de groupe, de la relation à l’autre et a appris à se plier aux exigences concrètes.»

- « Merci d’avoir permis à cet enfant d’intégrer le monde scolaire et, de ce fait, lui avoir ouvert les portes vers la communication et l’échange. »


Les enfants « accueillants » ont atteint le niveau scolaire normalement requis, en outre ils ont bénéficié pleinement d’un environnement orienté vers l’accueil à la différence. ous avons étés étonnés par les facultés développées par les enfants « accueillants ». Ils se sont mis à la portée des camarades en situation de handicap, ils ont développé une entraide sur le plan scolaire, physique et psychique. Pour eux, la différence ne sera plus synonyme de rejet, mais promesse de trésors à découvrir.
Les difficultés pour ce projet venaient de ce que la vision de cette classe n’entrait dans aucun schéma prévu par les textes officiels.


Plusieurs conditions doivent être remplies pour mener à bien un tel projet :

1/Une volonté de toute l’équipe tendue vers un même objectif.

2/La coopération avec les équipes de soin, par des rencontres régulières et/ou des échanges par téléphone. Ici il est important de bien cerner la place de chacun : ne pas confondre soignant et enseignant, même si notre action auprès des enfants « accueillis » procède du soin.

3/Accepter de se former: la bonne volonté ne suffit pas. Une formation pratique permet de savoir s’adresser à des enfants à profil particulier, et aussi de ne pas être déstabilisé par certains comportements.

4/Faire preuve de non conformisme, c'est-à-dire pouvoir envisager d’apporter l’enseignement de façon totalement inhabituelle. Ne pas se focaliser sur les pré requis recherchés pour les enfants « accueillants ».

5/ « Exigence sans pression » devrait être la devise de l’enseignant de la classe « d’accueil ».

6/L’autorité aura toujours pour objectif premier de permettre à l’enfant de se structurer. Telle que je la conçois, cette autorité sera empreinte d’empathie.


7/La personne désignée comme aide de vie scolaire auprès des enfants « accueillis » ne devra jamais leur faire «la classe dans la classe ». Au contraire, elle les aidera à rester le plus possible connectés avec ce qui se vit dans la classe.


8/Garder présent à l’esprit que les acquisitions ne sont pas évaluables de la même façon que pour les élèves classiques. Ce qui m’a beaucoup motivée à travailler à l’intégration, c’est d’avoir découvert que la restitution des connaissances peut survenir après un long temps de latence. Ainsi, pendant trois ans, j’ai gardé un enfant présentant des troubles graves de la personnalité. De toute cette longue période, il n’a pu apprendre qu’à écrire son prénom. L’année suivante, en classe de cours préparatoire, il a appris à lire, montrant par là que les pré requis avaient quand même été intégrés ! Encouragée par cette expérience, j’ai décidé de me former de façon pratique et théorique.

Je souhaite que l’expérience que j’ai vécue, beaucoup d’autres enseignants puissent la vivre à leur tour.


Toutes les photographies inclues dans ce texte ont obtenu un accord pour être sur internet.

 

Langue d'origine : Français
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