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Accueil Témoignage de Mme Sophie Elbin, intervenante en ESAT - établissement d'aide par le travail -pour une association d'accompagnement à la scolarité, France


Témoignage de Mme Sophie Elbin, intervenante en ESAT - établissement d'aide par le travail -pour une association d'accompagnement à la scolarité, France

  • Vie sociale et quotidienne : Projet de vie
  • Europe : France
  • Témoignage

Par Handiplanet le 01/03/2016

Je suis coordinatrice d’accompagnement à la scolarité, sur la ville des Ulis pour le compte d’une association AVAG -Association pour vivre l’Autogestion-, dont je suis salariée. L’objet de cette association est de promouvoir les envies des Ulissiens, aussi bien sur le plan culturel, avec la création d’une Ludothèque et d’un pôle théâtre, que l’accompagnement à la scolarité.

J’interviens à l’ESAT en tant que formatrice. L’association a été sollicitée par l’ESAT en tant que prestataire. Nous avons au départ fixé le cadre et les objectifs avec l’animateur de formation.

L’objectif principal reste l’accès des personnes à un mieux-être sur le lieu de travail et dans la vie quotidienne. On travaille sur des acquis considérés dans la vie courante comme indispensables, donc source d’exclusion s’ils n’ont pas été assimilés. La lecture et l’écriture en font partie, mais aussi la gestion du budget, les papiers administratifs, l’actualité pour en citer les principaux.

Je prends les travailleurs par groupe d’élèves avec des niveaux mélangés veillant à mixer également les ateliers où ils exercent leur activité. Je reste une heure hebdomadaire avec chaque personne en moyenne, pris sur leur temps de soutien.

J’individualise beaucoup mes interventions. Au départ je fais un point précis de leurs acquis et de leurs attentes. Je reprends avec certains les bases en écriture et en lecture, avant de passer sur des exercices plus techniques, comme conjugaison et rédaction. Pour le calcul, j’utilise le même schéma.

Pour d’autres, il s’agit de gymnastique cérébrale à partir d’exercices spécifiques dont c’est la finalité. On recrée des chemins pour pouvoir s’appuyer dessus et faire d’autre chose ensuite, comme un réentrainement.

Il  a une évolution chez tous. Elles sont très variables mais elles sont partagées par tous. De non lecteurs, certains passent à lecteurs. D’autres appréhendent la syllabe  seulement mais à un moment où à un autre ils acquièrent des connaissances qui vont les aider.

Le fait d’être seuls avec eux est un grand changement. L’école a parfois été source de crainte et d’angoisse. Ce qui définit l’enfance, ce sont les acquisitions scolaires en grande partie.  Aujourd’hui, qu’ils sont reconnus dans leur métier, ont un salaire, ce qu’on fait ensemble c’est du plus. Cela ne remet pas en cause leur travail ni leur statut. Donc, ça marche !

Bien sûr, disposer de plus de temps permettrait d’aller plus vite, mais mes interventions doivent rester compatibles avec l’exercice d’un travail professionnel.

Leur source de motivation est une recherche de savoir, pour gagner en estime d’eux même. Lorsque la mémoire fonctionne mieux, que les connaissances sont là, il est plus facile d’interagir, d’être dans une dimension de participation sociale.

Je leur demande beaucoup, même s’ils ne sont pas venus à l’ESAT pour ça. Je pense que tous ont vécu difficilement la période des acquisitions scolaires, avec des relents de fierté. Leur montrer qu’ils sont capables est fondamental !

Je me heurte souvent à cette phrase : « Ah ! je n’y arrive pas ». Alors je reprends en empathie avec la personne et je donne ensuite quelque chose plus facile. J’utilise la pédagogie de détour ne donnant des recettes pour apprendre les chiffres. Cette pédagogie consiste à travailler sur des compétences très précises en les faisant passer sur quelque chose de ludique et de concret.

J’utilise les événements de l’actualité. Lorsqu’elle est angoissante, on parle et on évacue. Mais j’utilise aussi les faits banaux qu’ils peuvent vivre.

Le CFG -Certificat de Formation Générale-, préalable au Brevet  est le diplôme de base. Son programme est adapté et me sers. Trois l’ont passé et un a été reçu.

J’interviens peu sur le parcours différent et compétent, car nos objectifs ne sont pas les mêmes, mais il m’arrive d’intervenir sur des dossiers avec les candidats avant leur présentation.

Les clés de la réussite reposent, je pense, d’abord sur les compétences et la pédagogie utilisées par l’animateur. Il faut être dans l’échange. Le travail est le même qu’avec mes élèves de la 6ème au BAC. Il faut être exigent. Mes supports sont ceux du milieu ordinaire parce que c’est leur monde.

C’est aussi la motivation et la volonté du travailleur. Quand j’ai commencé ; ils étaient assez septiques. Il a fallu établir un rapport de confiance.

C’est enfin le temps. J’ai pu installer ce rapport parce que je suis avec eux depuis 6 ans.  

J’ai développé ma patience et ma compréhension. En milieu protégé on est obligé d’aller chercher plus loin. Et cela me pousse à faire de même en milieu ordinaire. J’ai exporté ce que je faisais ici en milieu ordinaire. L’ESAT m’a aussi appris que tout le monde peut progresser, apprendre de nouvelles méthodes.

Je n’imagine pas aujourd’hui cesser mon travail ici. Je me sens utile, il y a un échange d’une qualité toute particulière ici. Je donne et je reçois toujours. Il n’y a qu’en ESAT que j’ai entendu des mercis comme ceux qui m’ont été adressés.         

 

 Sophie Elbin, décembre 2015

 

 

Langue d'origine : Français
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